Travailler avec plusieurs chiens : gérer la frustration

 

La plupart des gens qui font un sport canin ou simplement de l’éducation en cours collectif se sont heurtés au problème du chien qui s’excite quand les autres travaillent.

Eh bien quand on a deux chiens ou plus, c’est un peu ça, mais tous les jours (au début, tout du moins...) !

Si vous avez du mal à concentrer votre chien au bord d'un terrain d'agility, ou que vous n'arrivez pas à jouer au frisbee avec Peluche sans que Pompon ne se surexcite, cet article est fait pour vous  (Peluche et Ponpom, pas de super noms de chiens excités. Allez, on va dire Fire et Ice !)

Tout le monde le sait (ou si vous ne le savez pas, sachez-le) avoir deux chiens, c’est plus compliqué à gérer que d’avoir deux fois un chien. Surtout, bien sûr, parce que les chiens se « donnent des idées » et s’entraînent dans des comportements qu’ils n’auraient peut-être pas eus s’ils étaient seuls, comme fouiller dans la poubelle (le moins timide déclenche souvent le plus timide), faire la bringue à la maison en l’absence du maître, aboyer…

C’est déjà compliqué à gérer dans la vie quotidienne, mais quand on essaye de faire travailler les chiens ensemble ou séparément, ça monte encore d’un cran (que ce soit à la maison, simplement pour leur demander de rester sage quand quelqu’un arrive ou de s’asseoir avant la gamelle, ou lorsqu’on pratique un sport canin et que l’on veut entraîner les chiens à tour de rôle.)

Chez Canissimo, on accorde beaucoup d'importance à ce que les chiens arrivent à rester calmes alors que les autres travaillent. Et pour certains, c'est un vrai challenge !

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Voilà à quoi ça ressemble

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Le petit Yopp et la belle Pampa qui regardent leur "môman" travailler

Comme tout le monde, j’ai rencontré le problème il y a 6 ans quand j’ai eu Yéti, adulte, très à fond sur les jouets et la nourriture, et que je voulais quand même continuer à travailler avec Pampa (sous les yeux de Yéti, puisque je n’avais pas envie de doubler les balades et que je n’ai pas de jardin pour laisser un chien dans la maison pendant que je travaille l’autre). A l’époque, je n’ai pas filmé la procédure. Maintenant que le cas se présente à nouveau avec Yopp, j’ai pensé à filmer !

Avant même de songer à travailler les deux chiens simultanément (ou avant de vouloir espérer maîtriser son chien au bord d’un terrain d’agility) il y a quelques pré-requis :

  • Les chiens doivent être capables de rester à leur place. Ils doivent si possible avoir une notion de "place" très ancrée. Et si ce n'est pas le cas, car ils viennent de débarquer ou qu'on n'a pas encore pu le travailler à fond, ils doivent au moins avoir commencé l’apprentissage et pouvoir y rester facilement hors stimulation, à distance du maître.  Les « crate games » sont un excellent exercice de base (voir cette vidéo des "crates games" tournée il y a quelques années)
  • Les chiens doivent avoir commencé un travail sur les auto-contrôles (entre autres, ne pas se jeter sur la nourriture ou sur un jouet sans autorisation, savoir attendre à la porte sans se précipiter pour sortir, etc.)
  • Les chiens doivent avoir appris à « partager les ressources » et à respecter les jouet et la nourriture de l’autre (par exemple, en mettant les deux chiens assis en face de vous et en les récompensant alternativement, sans qu’ils se jettent sur la friandise du voisin).

La première étape est donc d’apprendre au chien à choisir sa place (tapis, caisse ouverte, panier etc) comme emplacement par défaut. Ca sera sa « station d’attente », comme un aspirateur robot qui va se ranger à sa station après son travail (ok, comparaison pourrie, mais évocatrice quand même…)

Pour commencer le travail à plusieurs chiens, je vais éviter de sortir les jouets ou de courir, car ça serait trop d’excitation pour le chien qui attend. Un travail au clicker calme à la maison est un bon commencement. Bien sûr, c'est difficile à faire en club. C'est pourquoi si vous avez le problème avec un chien qui se surexcite, il faudra reprendre les apprentissage du début, en dehors du club.

Une fois que le chien a compris que sa place était « the place to be » par défaut, on peut commencer à travailler. On aura pris soin de sécuriser la situation dans un premier temps en attachant le chien « passif », afin qu’il ne puisse pas se récompenser en allant se balader pendant qu’on travaille.

N’oublions pas de mettre des codes de travail : « Bidule, à ta place » ou « Bidule, dans ta caisse » veut dire que le travail va consister à patienter dans sa caisse sans en sortir (mais ça reste un vrai travail qui sera récompensé) et « Machin, c’est fini » ou « Machin, viens » (ça serait trop cool d’appeler son chien Machin !) veut dire qu’il peut sortir de sa caisse et va être en interaction avec vous. Pensez bien à citer le nom du chien afin que chacun sache ce qu’on attend de lui.

Début du travail : une récompense pour le chien actif (qui travaille avec nous) suivie immédiatement d’une récompense pour le chien passif (qui attend). Puis deux pour le chien actif, une pour le passif. Trois pour l’actif, une pour le passif. Et on change les rôles. Le chien qui attend vient travailler, celui qui travaillait retourne à sa place.

Petit à petit, on évoluera jusqu’à faire en sorte que le chien passif ait des récompenses aléatoires pendant que l’autre chien travaille. Ne poussez pas le bouchon trop loin dans un premier temps, et échangez les rôles rapidement afin d’éviter la frustration. Surtout si aucun des chiens n’a l’habitude de ce genre d’entraînement. 10 à 30 secondes chacun est largement suffisant dans un premier temps.

Voici une vidéo d’illustration de ce travail (j’ai sauté quelques étapes, pour les besoins du montage). Vous comprenez, en me voyant jeter une croquette au chien qui attend, qu’il est important d’avoir travaillé les auto-contrôles avant, afin que le chien qui travaille ne se jette pas sur la croquette qui ne lui est pas destinée.

Le petit souci de ce genre d’exercices, c’est qu’au début, on n’est pas « à fond » sur le chien qui travaille, puisqu’on a toujours un œil sur celui qui attend. On abandonne souvent le chien qui est avec nous pour récompenser l’autre. Et malgré tous nos efforts pour récompenser en premier celui qui a fait l'exercice, pour certains chiens, ça peut être un peu frustrant, car ils se rendent bien compte qu’on n’est pas vraiment avec eux.

Un très bon outil pour régler ce problème est le Treat and train (autrefois appelé Manners minder). Réglé sur la fonction « down stay », il permet de distribuer de manière automatique et aléatoire des croquettes au chien qui attend. On peut régler à quelle fréquence les croquettes seront distribuées (en moyenne toutes les 3 secondes, en moyenne toutes les 20 secondes, 40 secondes, 3 minutes etc). Cela vous permet de ne vous occuper que du chien qui travaille, l’autre étant récompensé automatiquement.

Inconvénient de la méthode : elle demande un petit temps d’adaptation, car la machine fait beaucoup de bruit en distribuant les friandises, et les chiens, qui connaissent vite ce bruit, ont tendance à être perturbés lorsqu’ils travaillent à côté. Mais ce n’est qu’une question d'habitude. Au final, c’est à peine plus perturbant que de lancer une croquette au chien qui attend.

Voici comment j’utilise le Treat and train dans cette optique, et les difficultés rencontrées.

Ce n’est que lorsque le chien supportera bien ce genre d’exercices en intérieur qu’on pourra commencer à mettre du mouvement, des jouets, etc. Très progressivement, bien sûr, au risque de tout gâcher. Le but est qu’aucun des chiens ne monte en frustration. A vous de trouver le « taux de renforcement » (nombre de gâteaux par minute) idéal pour votre chien.

L’idéal est là encore de s’aider d’un distributeur automatique, mais je n’ai reçu le mien qu’il y a 2 jours et j’ai toujours fait sans jusque-là. Il faut simplement revenir un peu plus souvent vers le chien qui attend pour le récompenser, ou bien viser quand on lui lance une croquette !

Pour moi, il est essentiel que mes chiens sachent se contrôler lorsque d'autres chiens jouent, courent ou même s'excitent. D'une part parce que je les entraîne régulièrement (notamment au frisbee) et que je n'ai pas toujours envie de devoir les séparer pour pouvoir travailler convenablement, d'autre part parce que mes chiens passent des journées entières sur le terrain pendant que d'autres chiens jouent.

Voici les étapes que j’ai mises en place pour pouvoir jouer au frisbee avec Yéti alors que Yopp attend sur le côté, et vice-versa.

J’utilise la même méthode lorsque mes chiens doivent attendre au bord du terrain d’éducation alors que des chiens passent à l’agility, ou que moi-même, je suis en train de jouer avec un chien d’un de mes clients. Mes chiens ont leur place (Yopp est encore attaché, Yéti et Pampa, non) et je reviens très régulièrement les récompenser. Yéti et Pampa sont libres de vadrouiller, mais elles n'ont pas le droit de s'exciter après les chiens qui bougent ou de gêner sur le parcours d'agility. La plupart du temps, elles sont à leur place, car c'est là qu'on s'occupe le plus d'elles (enfin, Yéti est toujours collée à sa place et Pampa vadrouille un peu plus, Alzheimer oblige). Je demande aussi parfois à d’autres personnes de les récompenser quand je suis très occupée (en réalité, Yéti et Pampa n'ont plus besoin de récompenses depuis longtemps. En ce moment je leur en redonne pour qu'elles ne soient pas frustrées vis-à-vis de Yopp, mais elles n'en ont pas besoin pour rester à leur place .) Sur le terrain, je n’utilise pas le Treat or train, car ça pourrait perturber les chiens de mes clients qui n’y sont pas habitués.

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Yopp regarde les chiens qui passent en agility depuis sa place.

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Sieste pendant l'agility. Ca va, il n'a pas l'air trop frustré !

 

 

 

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