Comme vous le savez peut-être, je m’intéresse depuis plusieurs années (et encore plus depuis l’arrivée de Yopp – pour info/rappel, Yopp est un croisé whippet, jack russel, border collie, staffie, border terrier : y a de l’énergie là-dedans) à la motivation et à la canalisation du chien de sport et du chien dynamique en général.

Photo Charline P. Photography

Depuis 2 ans, je propose des cours en ligne sur le sujet (chien cool, maître zen) et maintenant des stages. Les multiples rencontres que j’ai pu faire lors de ces formations, mais aussi autour des terrains de sport, m’ont amenée à penser qu’il y avait une grande confusion dans la tête des maîtres entre la motivation et l’excitation, le besoin de stimulation et l’hyperactivité (je reviendrai sur ce dernier thème dans un prochain article).

Soyons bien clairs tout d’abord sur la différence entre excitation et motivation. En anglais, c’est plus simple à comprendre : ils font la différence entre le « drive » (l’impulsion, la motivation, l’envie) et l’overdrive (tout ça en « trop », « over » signifiant « sur » : « sur-impusion, surmotivation… »). L’excitation, c’est donc le stade au-dessus de la motivation. La limite qu’il serait souhaitable de ne pas franchir lorsqu’on travaille avec un chien ou qu’on lui demande quelque chose de précis.
La motivation, selon ma définition toute personnelle et certainement incomplète, c’est l’énergie canalisée vers un but précis. L’excitation, c’est la même énergie, mais qui part dans tous les sens. Le chien n’est plus capable d’être attentif à une tâche. Tout se bouscule dans sa tête à un même niveau : sauter la haie d’agility, attraper le jouet, choper la jambe de pantalon, aller renifler le juge, aboyer, se jeter sur les autres chiens. Il n’y a plus de priorité, et le chien cherche à faire un peu tout ça en même temps.

Un chien motivé va avoir comme centre de son attention, par exemple « suivre les indications de son maître » (donc le suivre sur un parcours d’agility, etc), le reste gravite autour de lui, mais a moins d’importance. Vous remarquerez que pour un chien qui manque de motivation, l’effet est souvent le même : un manque de priorisation. Sauter la haie n’est pas plus intéressant que d’aller voir les autres chiens ou d’aller renifler le juge.

Pour vous faire une idée, imaginez vous pour la première fois à Disneyland : vous voulez aller faire la queue à Space Mountains, mais vous courez dans tous les sens, vous vous extasiez sur Jafar qui passe par là, vous voulez manger du fudge, vous prenez le château de la Belle au Bois Dormant en photo, et Oh !!! Trop cool, y a la parade !!! Et au final, ben vous n’avez plus le temps de faire Space Mountains et vous repartez peut être un peu frustrés. Quand vous êtes des habitués, vous ne vous laissez plus distraire par Jafar ou le Château. Objectif Space Mountains ! On verra pour le reste après. Et hop ! On a pu tout faire en une journée !

Alors bien sûr, Disneyland, ça n’est qu’un événement rare. On peut se permettre d’être super excités une journée et de passer un excellent moment. En revanche, si c’était comme ça tous les jours, ça serait totalement épuisant, et relativement improductif.

Que le chien s’excite de temps en temps, quand on n’a pas d’objectif et qu’on ne fait que jouer ensemble, c’est plutôt sympa ! Mais il ne faut pas que ça soit son mode de fonctionnement unique. Sans parler des conséquences physiologiques néfastes sur le long terme, comme la production de cortisol, l’hormone du stress, ou la possibilité de se mettre en danger physique en ne faisant plus attention à ce qu’il fait.

Il est donc important de repérer quand le chien dépasse le stade de la motivation pour partir en excitation, afin de pouvoir consciemment choisir de le freiner ou non.

Certaines personnes ont peur d’éteindre le chien s’ils l’empêchent de s’exciter.  Mais je vous rappelle que la motivation utilise le MEME niveau d’énergie. Elle est simplement canalisée vers un but au lieu de partir tous azimuts (pour certains chiens difficiles à motiver, on peut passer par la case excitation pour les aider à redescendre ensuite en motivation. Mais cette technique doit être faite à bon escient. Et jamais sur un chien facilement excitable ! Et elle comporte le risque de ne jamais trouver l’équilibre, et de passer directement d’un chien mou à un chien excité, sans réussir à cocher la case motivation…)

Comment reconnaître quand le chien monte en excitation ?

Bien sûr, les signe sont différents selon les chiens. Certains vont aboyer ou couiner. C’est le plus facile à repérer (mais d’autres peuvent aboyer sans perdre leur cerveau. Cf cet article traduit de Susan Garrett). Il y a aussi les signes physiques : halètement disproportionné, pupilles dilatées, tremblements, mauvaise coordination sur des exercices précis.

 Et puis la façon de prendre les récompenses : certains chiens refusent de manger. D’autres au contraire prennent trop fort en nous arrachant à moitié la main.

Voici deux vidéo d’un exercice de proprioception. Dans la première, Yopp est motivé et concentré. Dans la seconde, il est excité car je tiens un jouet dans la main. On voit très clairement la baisse de précision, et on imagine les conséquences sur les risques de blessures lors d’exercices plus acrobatiques.

Quand le stade est dépassé, il peut être assez difficile de revenir en arrière, ça demande un entraînement. Mais parfois, on peut tout simplement éviter de dépasser ce seuil, en évitant de créer des associations de pensées « excitantes ».

J’ai déjà vu plusieurs fois des petits chiots laissés en liberté autour d’un terrain d’agility. Ils courent autour du terrain en « pourchassant » le chien qui travaille et en aboyant comme des fous. « C’est bien, ils seront motivés pour l’agility ! ». Motivés ou simplement surexcités sans même savoir pourquoi à l’abord d’un terrain ?

Il y a des chiens qui montent très facilement en excitation et qui sont particulièrement difficiles à gérer pour cette raison (pour Yopp, il suffit que je lève les sourcils avec l’air de dire « on y va ? » et il peut se mettre à aboyer, couiner ou trembler). Pour ceux-là, il y aura forcément un travail à faire pour leur apprendre à redescendre de leur perchoir (nous voyons cela entre autre dans le cours Chien cool). Mais on peut aussi faire de la prévention et tâcher de limiter les dégâts en amont.

1/ Eviter les automatisations

Une des pires façons d’automatiser son chien est de jouer « bêtement » à la balle. C’est-à-dire de lui lancer la balle à chaque fois qu’il nous la présente ou nous la ramène. Et n’allez pas croire que vous allez les fatiguer comme ça. Les exercices physiques purs qui ne demandent aucune réflexion fatiguent dans un premier temps, puis le corps s’endurcit et le chien gagne en endurance. Moins on va les faire réfléchir (en lançant tout droit par exemple), moins ils auront besoin de brancher leur cerveau, et plus ils deviendront « tarés infatigables» de balle ou autre. Il en va de même pour le frisbee « de loisir » (le jeu qui consiste à lancer un frisbee et le chien le ramène). Le frisbee freestyle ou même le frisbee en distance en compétition est différent, car nous sommes en improvisation permanente. Le chien doit être connecté à nous et nous devons être en communication parfaite pour que le chien soit récompensé (il devra se déplacer selon mes indications pour savoir où aller chercher le frisbee).

 

2/ Eviter les situations inutilement excitantes

Evitez par exemple de laisser vos chiens aboyer en bordure de terrain. On peut aller les promener, les occuper avec des exercices de flair ou des choses à mâcher. Et si c’est trop dur pour eux, on les éloigne simplement, pourquoi pas les ramener même à la voiture. Ainsi, malgré tout le travail fait sur Yopp, j’ai préféré ne pas l’emmener au bord du terrain de flyball quand je suis allée assister aux championnats d’Europe. Ces cris, ces aboiements et ces chiens qui filent comme le vent auraient sans doute été trop pour lui. J’y suis allée deux ou trois fois quelques minutes, histoire de travailler le fait qu’il arrive à supporter ce genre de stress brièvement. Mais le reste du temps, j’y allais sans lui. Il était dans la voiture, à 200 m de là. Jamais je ne serais restée de manière prolongée au bord du terrain.

3/ Savoir arrêter ou baisser d’intensité

Une fois que l’on connaît les symptômes d’excitation de son chien, il est bon d’en tenir compte dès les premiers signes. A la seconde où ces signes apparaissent (refus de manger, dent trop dure, tendance à mordre, claquer des dents, trembler…) on sait que le chien va avoir besoin de redescendre. Une pause, une balade, une petite partie de reniflage seront d’une grande utilité. Le cortisol met environs 72 h à redescendre dans le sang. Certains chiens entraînés ou plus chanceux sont capables de redescendre plus vite, d’autres peuvent mettre jusqu’à 10 jours. Il est donc important de faire des pauses au sein même de votre entraînement, mais aussi dans votre agenda. Trois entraînements sportifs (ou jeux) excitants, trois jours de suite ? Peut-être que le lendemain et le surlendemain, je ne ferai que des balades. Bien sûr, cela est très individuel, et vous seul pouvez connaître le rythme idéal pour votre chien. L’essentiel est d’en être conscient. Yéti, par exemple, pourrait jouer à la balle tous les jours sans que ça ne lui monte à la tête (ce que je ne fais quand même pas). Pour Yopp, au contraire, j’instaure régulièrement des journées sans jouets pour l’aider à redescendre et à ne pas devenir totalement accro.

La difficulté est que, bien sûr, les chiens qui sont le plus en demande sont souvent ceux qui partent le plus vite en excitation. Et c’est une autre partie de ce mic-mac : comment trouver la juste mesure pour satisfaire les besoins d’activité du chien sans le rendre hyperactif. Suite dans un prochain article !

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