Je me rends compte que le dernier article que j’avais écrit sur le medical training date franchement, alors que depuis, je n’ai cessé de me pencher sur le sujet. La première preuve que les choses ont évolué depuis mon dernier article en 2015 c’est que j’ose aujourd’hui prononcer le mot medical training (qui, il y a encore quelques années, était peu connu du grand public). Et j’ai moi-même beaucoup évolué !

Ce qui n’a pas changé, c’est que je reste persuadée que la préparation physique et mentale du chien à recevoir des soins (chez le véto ou à la maison) est essentielle à son bien être général, qu’elle renforce les liens de confiance avec le propriétaire, et aide le chien à mieux apprécier la proximité et le contact. Même en dehors du contexte des soins !

Alors, pour ceux qui ne le savent pas encore, qu’est-ce que c’est, le medical training ? C’est le fait d’apprendre à son chien à se faire soigner/manipuler sans stress, voire même à devenir acteur de son apprentissage. On procède pas à pas, en décomposant à l’extrême chaque étape du soin (par exemple, approcher la pipette cm par cm, puis toucher l’oreille, puis soulever l’oreille, etc)

Nous allons aujourd’hui au-delà de la simple récompense donnée après le soin, qui peut (ou pas) aider le chien à associer une manipulation à quelque chose d’agréable ; au-delà du fameux « biscuit » tout sec donné par le vétérinaire en fin de consultation (qui est certes très apprécié de mes chiens et de certains autres, mais pas lié à des soins précis, car il arrive un peu tard…). Voyons ensemble jusqu’où on peut aller…

Bien sûr, cette étape de la « récompense » (qu’on appellerait renforcement dans un langage plus scientifique) est déjà extrêmement importante et représente une grande avancée. Récompenser son chien à la fin, c’est bien. Le récompenser à chaque micro-manipulation c’est mieux 🙂
On peut aussi l’occuper grâce à une cible de léchage pendant les soins, pour qu’il y prenne plus de plaisir et construise une association positive. Toutes ces méthodes sont déjà un gros plus, bien qu’on puisse encore aller plus loin !

Ainsi, je donne souvent à Yéti une cible à lécher quand je la brosse ou quand je lui coupe les griffes. Elle passe un bon moment et oublie un peu les désagrément. C’est l’équivalent du clown qui fait rire les enfants pendant les soins à l’hôpital. Ca ne fait pas tout, car le chien parfois n’a pas conscience qu’on le manipule et donc n’apprend rien, mais au moins les soins sont faits et le chien a passé un moment agréable ! Attention, l’utilisation de cette technique requiert cependant un peu de connaissances et de timing, car le chien peut aussi faire l’association inverse : je vois arriver le pâté de foie, je sais qu’on va me soigner. Résultat, j’ai peur du pâté de foie… (vous trouverez toutes ces nuances dans les cours en ligne 3, 2, 1 véto ! de Canissimoenligne)

Mais nous pouvons même aller plus loin en rendant le « pouvoir » au chien.

Un chien qui est capable de nous dire quand il est prêt et quand il a besoin d’une pause devient acteur de ses soins. Et un chien acteur de ses soins stresse beaucoup moins. Comme quand nous pouvons émettre un borborygme chez le dentiste et que celui-ci arrête sa fraise quelques secondes. Imaginez la même scène, attaché à la chaise du dentiste avec quelqu’un qui vous ouvre les mâchoires de force et se contente de vous tenir plus fort quand vous essayez de dire que ça fait mal ou peur. Eh bien c’est ce qu’on impose souvent à nos chiens !

Alors évidemment, dire quand on est prêt ou pas, cela demande un apprentissage de la part du chien ET de la part du maître (qui doit acquérir un bon timing, une bonne capacité d’observation). Apprendre au chien à nous proposer un « bouton de stop » et un « bouton de départ » (c’est à dire une position qu’il va adopter pour nous dire qu’il est prêt et quitter pour nous dire qu’il a besoin d’une pause) nous permet d’être un peu moins fins dans nos observations, car il est parfois difficile de faire le soin tout en observant finement le chien.
Quand le chien quitte sa position, c’est qu’il souhaite souffler. Quand il s’y replace, on peut reprendre. C’est simple pour le maître. C’est simple pour le chien (une fois l’apprentissage de base passé).  Et ne pensez pas que du coup, le chien ne donnera jamais son accord. Au contraire, si c’est bien travaillé, de manière progressive, le fait de comprendre qu’il a le pouvoir de dire stop lui donne confiance, et il dit du coup moins souvent stop. Quand on est d’accord avec quelque chose, ça change tout. A titre d’exemple, je suis personnellement prête à avoir un peu mal pour me faire percer les oreilles si je l’ai choisi. Mais en revanche, si on me prend par surprise, qu’on m’attache et qu’on me perce les oreilles, je porte plainte pour torture et sequestration ! (et j’aurai du mal à me remettre de ce choc psychologique)

Quand il n’est pas possible de faire prendre au chien une position de départ ou qu’on ne lui a tout simplement pas appris, on peut toutefois respecter son rythme et faire des pauses de la même façon. Il faut juste être plus fin dans son observation des signaux de stress (halètement, regards fuyants, mouvements de recul, respiration forte, oreilles plaquées, tête détournée, etc).

Sur cette photo, Yopp a quitté sa position de prise de sang, car il a besoin de renifler la vétérinaire. On le laisse faire, et 5 secondes après, le voilà prêt pour la piqûre. Rassuré, il repose sa tête sur ma main et se laisser faire.

Yopp se laisse faire une prise de sang sans contention

Voici un tableau simplifié inspiré du travail d’une ASV américaine : Debbie Martin, qui classe les signaux en différents niveaux de stress. Selon les niveaux, le chien va donner son feu rouge ou son feu vert.

Enfin, voici une vidéo du travail fait avec Yopp, qui devait passer une radio, où vous voyez un peu toutes les techniques réunies (posture de consentement, habituation aux manipulations, habituation à la contention, habituation aux lieux…).
La première fois qu’il a passé une radio, à l’âge de 2 ans, ça a été la panique. Il s’est débattu au point qu’on a dû l’endormir. Gros échec pour moi. Quand j’ai appris qu’il devait en repasser une, j’ai pris les devants et j’ai décomposé toutes les compétences dont il aurait besoin pour réussir sans être endormi : être couché sur le flanc et sur le dos, parfaitement immobile, avec quelqu’un qui lui tire les pattes en extension maximum, le tout perché sur une table en fer, dans un cabinet vétérinaire.

J’ai pris tous ces points un par un pour les travailler et finalement les assembler. Je n’ai eu qu’une semaine pour réussir, et je n’étais pas encore sûre que ça fonctionnerait le jour J. Mais Yopp a été super (il avait déjà bien sûr des acquis en medical training).

 

Vous comprendrez aussi que dans ces cas là, la coopération du vétérinaire est essentielle. Ma véto (le Dr Bousquet, clinique du Lion vert à Charbonnières les bains) est fantastique. Elle me suit quand je demande de souffler, elle voit quand le chien est stressé et a besoin d’une pause, et n’hésite pas à inverser l’ordre des soins pour ne pas le stresser d’emblée. Elle m’autorise à aller dans le cabinet pendant ses pauses pour entraîner mes chiens. Bref, le vétérinaire a une grosse part à jouer dans le confort du chien et son niveau de stress. Mais vous aussi, en amont, vous êtes une part essentielle du puzzle. Vous avez un rôle essentiel, au moins pour que quand vous soignez votre chiens vous-même (même pour le quotidien : griffes, oreilles, gouttes dans les yeux, brossage des dents), il soit à l’aise et en confiance.

On a je pense encore des choses à explorer en medical training, mais les avancées sur ces dernières années sont déjà fantastiques. A nous de continuer le travail !

Si vous souhaitez être guidés dans votre pratique, que vous n’osez pas franchir le pas, n’hésitez pas à suivre les cours en ligne de Canissimo, écrits en coorpération avec le Dr Elodie Jacques  ! Vous avez un accès à vie au contenu afin de pouvoir prendre tout votre temps, ainsi qu’un suivi sur un groupe privé, où vous pouvez poser vos questions et faire part de vos avancées, également à vie !

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