Quand on a un chiot et qu’on commence à se renseigner un peu, on est vite complètement submergé par la quantité d’info à retenir, de comportements à enseigner (ou pas), de règles à instaurer (ou pas), de choses à faire (ou pas), de trucs à acheter (absoluments essentiels, comme une trop mignonne peluche-mouton qui fait un bruit de bouteille en plastique ou un coussin doudoune rose !). On a beau prendre des notes, se faire des plans, y a rien à faire, ça part dans tous les sens !

Pour vous aider, je vais vous faire un résumé des trois notions les plus importantes à mes yeux quand on a un chiot. Les trois piliers sur lesquels reposent un chiot bien équilibré. Le choix n’était pas facile à faire, mais il a bien fallu se décider.

Je vous ferai donc trois articles sur les sujets suivants : socialisation et familiarisation, apprentissage du calme, habituation aux contacts, plus peut-être un dernier sur les « ordres » (signaux) de base les plus utiles. Voici donc le premier.

Socialisation et familiarisation : Privilégier la qualité à la quantité

Petit point de vocabulaire. Le terme de socialisation est employé dans la vie courante pour désigner l’habituation du chiot à son environnement : autres chiens, humains, autres espèces, vélo et trottinettes, etc. En réalité, on parle de socialisation quand il s’agit de chiens et de familiarisation quand il s’agit d’environnement et d’autres espèces. On utilise aussi parfois le terme sociaBIlisation. La socialisation, c’est la capacité à vivre en société. Socialiser, c’est rendre social. SociaBIliser, c’est « rendre plus sociable » Un chien social, c’est un chien qui comprend bien les codes, sait s’en servir et évoluer tranquillement parmi ses congénères, même s’il ne les recherche pas vraiment. Un chien sociable, c’est un chien qui va aller au-delà, chercher et aimer les contacts.

Familiarisation

Petit à petit, l’oiseau fait son nid !

L’autre jour, avec des amis, on a fait notre tour traditionnel à la Vogue aux marrons (genre la Foire du trône version éphémère et lyonnaise, et vachement plus chouette, puisque j’y vais depuis mes 5 ans, et avec des marrons !). Et on y a croisé pas moins de 3 chiots qui devaient avoir moins de 4 mois. Manèges, lumières, bruits bizarres, foule, cris d’effroi, rires, odeurs mêlées… Si pour le propriétaire lambda, c’est l’occasion idéale de familiariser son chien avec toutes sortes de nouveautés, et je comprends tout à fait la bonne intention qui le pousse à faire ça, pour nous, propriétaires de chiens avertis, c’était un peu la stupéfaction et on voyait la catastrophe se profiler au ralenti… Le petit golden avait l’air de supporter cela… Mais le mini chien couinant et tremblant dans les bras de son maître qui balançait des balles dans des trous pour faire avancer des petits chevaux, et le beagle pendu au bout de sa laisse, avec sa maîtresse hypnotisée par les pinces, n’avaient pas vraiment l’air de passer un bon moment. Et rien ne dit que cette surcharge de bruits ne va pas s’accumuler pour développer chez le petit golden une future peur, quand il sera ado ou jeune adulte.

On dit qu’il faut que le chiot voie 7 « tout » pour y être habitué : 7 enfants, 7 Noirs (ou 7 Blancs, selon où on habite), 7 vieux, 7 handicapés, 7 chevaux, 7 chats, 7 poules, 7 trottinettes… Bon, c’est sans doute un peu caricatural, mais ce qui est sûr, c’est que ça ne sert à rien d’en voir 7 à la fois ! C’est la fréquence qui compte plus que la masse.

Yopp à 4 mois, regarde le canard à la ferme pédagogique

Bref, tout ça pour dire que de montrer tout plein de choses à son chien, c’est super. Mais petit à petit, progressivement.  L’immersion totale dans un environnement très stimulant, ça passe ou ça casse. Et si ça casse (ce qui est souvent le cas si on a un chien sensible), c’est très difficile à rattraper. En plus, on peut tout à fait croire que ça passe, mais de légères fêlures dans la confiance du chien risquent de s’accumuler, et de devenir une vraie faille plus tard. Et on ne comprendra alors pas pour quoi « d’un coup », il a peur de ça…

Il vaut bien mieux privilégier des moments plus calmes où le chien pourra croiser quelques vélo, quelques voitures, pendant quelques minutes ou secondes, en mangeant des friandises ou en jouant avec son maître pour y associer une émotion positive, et puis on rentre à la maison. Quand je dis « en mangeant des friandises », je ne veux pas dire qu’on va le détourner de la stimulation. Au contraire, on laisse regarder, et on couple ça à quelque chose de bon. Pour bien associer ce truc bizarre à une sensation agréable. Tout comme j’aimais aller me balader au Parc de la Tête d’Or, surtout parce que ma mère m’y achetait des cacahuètes au caramel en allant voir Guignol ! On peut recommencer l’opération autant de fois que possible, mais à petite dose. C’est un peu comme un vaccin. Une micro-dose de venin, ça va renforcer vos défenses. Une dose massive, ben ça vous tue… Ou comme le feu : le regarder c’est réconfortant, plonger dedans, moins…

Socialisation

Petite trouille deviendra grande ?

Il en va de même, bien sûr, avec la socialisation avec les autres chiens. Il est très fréquent que l’on laisse les chiens « jouer » (plus ou moins comme des brutes, plus ou moins avec un bouc-émissaire), et que l’on ne se rende pas compte, quand on a un œil peu entraîné, que l’un d’eux prend sur lui, voire flippe carrément (attention, donc, aux écoles du chiot qui laissent tout le monde jouer en vrac !). Ce chien, devenu adulte, risque de développer des craintes ou des défenses, s’il s’est fait bousculer petit, même « pour jouer ». Et puis, comme nous disait ma mère quand on faisait des batailles de coussins (on n’avait pas de polochons à la maison) : « Y en a une qui va finir par pleurer ! ». Et ça ne manquait pas. Au bout d’un moment, on s’énervait, on tapait plus fort, on faisait moins attention, et il y en avait une qui pleurait ; une fois parce qu’à force de m’exciter je suis tombée du canapé, une fois parce que j’ai reçu la fermeture éclair du coussin sur la dent, résultat une dent cassée, etc. Eh oui, c’était souvent moi qui pleurais parce que j’avais 4 ans de moins. De même, c’est souvent le petit chien qui « pleure ». Vous savez, ce fameux petit chien qui deviendra « un roquet » plus tard. Et que « les petits chiens, c’est tous des gueulards», et que« plus c’est petit, plus c’est hargneux »… Vous n’y voyez pas un lien ? En tant que propriétaire de petit chien, je m’insurge tous les jours contre ces affirmations. En fait, plus c’est petit, plus c’est difficile à socialiser, car il y a toujours un moment où quand on pèse 1,2 kg et que l’on joue avec des bébés de 10 gk, ben on ramasse, quoi… On ne connaît pas ça chez les humains, un bébé qui fait 11 kg, qui joue avec un autre du même âge, avec les mêmes gestes mal affinés, mais qui en pèse 110 ! Mais si c’était le cas, je pense que les surveillances des crèches atteindraient encore un autre niveau ! Attention, hein, certains petits chiens ont un fort caractère et ne sont absolument pas gênés de se confronter à des grands. C’est simplement qu’il faut être vigilants au moindre signal d’inconfort.

Cosmo et Ioda, deux chiots, deux gabarits

 

Petit brutus deviendra grand ?

Une autre phrase qu’on entend souvent et qui me révulse, c’est « Non, mais laissez faire, ça lui fera du bien de se faire remettre en place ». Ca c’est plutôt quand on a un chiot qui n’a peur de rien, se fait rabrouer et y retourne gaillardement. Ca arrive souvent, aussi.

Alors déjà, et de une, merci, mais je n’ai pas envie d’apprendre à mon chien adulte que c’est bien de s’énerver et de maraver un chiot. Je préfère lui apprendre que s’il a un souci et qu’il prend sur lui quelques secondes et se contente de grogner ou de communiquer son inconfort sans exploser, j’interviendrai et il n’aura ainsi pas besoin de s’énerver. Parce que s’il apprend qu’il peut s’en sortir en impressionnant le chiot, ou par la force, il l’utilisera de plus en plus volontiers, de plus en plus vite, et vu que les grognements ne marchent pas tellement sur un chiot excité, il pourra décider de lui péter la tronche tout de suite. C’est ce qui arrive souvent aux chiens et chiennes adultes peu patients que l’on a trop laissé avec des chiots mal polis… « Oh mais pourtant, normalement, un chien adulte, ça ne s’en prend jamais à un chiot ! » (ouais, dans les livres…)

Et de deux, non, ça n’est pas bon pour le chiot de se faire remettre en place par n’importe quel chien inconnu, car vous ne savez pas à quel point le chien en face dosera. S’il a appris que s’énerver marche, il risque de faire très peur à votre chiot, voire le « trouer ». Le petit passera alors de trop de confiance à trop de peur. Même s’il ne le montre pas tout de suite. L’accumulation des expériences compte aussi.

De même, vous ne laisseriez pas n’importe qui dans la rue apprendre la politesse à votre enfant, parce que vous ne savez pas s’il va se contenter de lui faire la morale ou s’il va lui mettre une baffe ! Si quelqu’un doit apprendre la politesse à votre chien, c’est vous ou un individu connu et équilibré (humain ou chien) en qui vous avez confiance. C’est quoi, dans ce cas, apprendre la politesse, quand on est humain ? Moi, je dirais simplement récupérer le chiot harceleur et lui imposer un petit temps calme (ou carrément partir), en laisse, à renifler, ou à manger des friandises, pour qu’il comprenne qu’on peut certes jouer, mais qu’il y a des limites, et qu’il faut aussi apprendre à se calmer et à observer et respecter les réactions des autres chiens. Et répéter, et répéter, et répéter… Oui, il faut être patient. Surtout avec certaines races ou individus un peu « bourrins »

Yopp, 6 mois, joue avec Hémy et Ikky, deux adultes équilibrés

Dans sa première année, le chien apprend beaucoup de choses. S’il a de mauvaises expériences, il va les retenir et elles risquent de prendre des proportions dans sa tête.

Donc avant de lâcher votre chiot avec n’importe quel chien (parce qu’il est gentil, parce qu’il a besoin de se faire remettre à sa place etc), renseignez-vous, observez l’autre chien. Mieux vaut qu’il ait des interactions plus rares, mais avec des chiens calmes et mesurés, plutôt qu’il apprenne à s’exciter en permanence ou ait de mauvaises expériences.

Et je peux vous le dire tout de suite, quand on a un mâle entier, on a des chances qu’il ait une confrontation avec un autre chien avant ses 3 ans. Parce que même si lui il est encore un gentil gamin dans sa tête, les hormones finissent par monter dans son corps. Alors quand on a un comportement de gamin exubérant (et donc un peu agançant) et un taux de testostérone d’adulte (à 10 mois, en moyenne, le taux de testostérone est même plus élevé que chez les adultes), forcément, on finit par énerver les autres, et par s’en reprendre un dans la tête. Donc il est très rare que les chiens mâles arrivent à 3 ans sans n’avoir jamais eu un petit accrochage, malgré toutes nos précautions.

Consciente de ça, avec Yopp, j’ai appliqué un principe de prévention : il avait une friandise ou on jouait à chaque fois qu’il croisait un chien. A chaque fois ! Pendant un an. Même un chien sympa, même quand ça se passait bien. A chaque fois. Pour construire un historique positif énorme, afin que quand l’accrochage arrive, je puisse espérer que ça ne fiche pas tout en l’air (vous le connaissez le fameux : « il était gentil, mais il s’est fait attaquer par un chien et depuis il est agressif… » ?).

Et l’accident n’a pas manqué d’arriver. A 10 mois, il s’est fait attaquer par un jeune mâle springer de 14 mois, qu’il n’avait même pas vu venir (on était en train de jouer). Il s’est fait vraiment choper très fort et arracher l’oreille, qui ne tenait plus que par 2 cm de cartilage, direction les urgences pour l’opérer sur-le-champ. Eh bien il s’en est remis, physiquement comme psychologiquement. Ok, il a un peu peur des springers et épagneuls depuis, mais quand il en voit, il prend sur lui, le regarde et me regarde, parce qu’il sait qu’il aura un bonbon. Et à 2 ans, il s’est fait choper par un staff dans un pré. Je me suis cassé le doigt en me battant pour décrocher le staff. Eh bien Yopp n’est toujours pas devenu réactif. Certes, il a la trouille parfois, il est souvent un peu tendu du string. Mais il arrive à prendre sur lui, se tourne vers moi et ça passe. Alors bien sûr, j’ai de la chance, il a certainement une bonne nature et d’autres chiens moins résilients n’auraient pas passé le cap. Mais je pense sincèrement que cet historique de centaines et centaines d’expériences positives a aidé, et que sans ça, il serait devenu un « petit terrier de merde »  (c’est-à-dire, juste un chien qui a du caractère, et qui suite à de mauvaises expériences décide de réagir fort, par peur et par anticipation)

Donc si on résume, je dirais

  • Variez les stimulations à petite dose, mais de noyez pas le chien dedans. 
  • Privilégiez les relations de qualité avec les autres chiens (les autres chiots, c’est sympa, mais faites-le souvent côtoyer des adultes calmes)
  • Observez bien votre chiot et réservez-lui des temps calmes quand il est avec d’autres chiens.
  • Positivez A MORT TOUTES les interactions avec d’autres chiens. En prévention. Même si tout a l’air de bien se passer.

 

3 thoughts to “Les 3 piliers du chiot bien dans ses pattes, 1/3 : socialisation en douceur

  • zattara

    Merci Yannick pour cet article qui est bien d’actualité pour moi :). C’est vrai que tout est question de dosage et que j’ai tendance à en faire un peu trop voyant le fameux terme des 4 mois s’approcher !

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  • Tercier Claudine

    Merci pour tous ces bons conseils

    Répondre
  • Martine

    Super article, dans une semaine nous allons chercher un nouveau chiot et cet article va me donner les ficelles pour lui apprendre à se familiariser avec mes deux autres chiens. Un grand merci !

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